OSS Scanner : la pile arrive sans tampon, et les 90 jours ne démarrent pas
Le 8 octobre, Anthropic ouvre un scanner opt-in pour l'open source. Les rapports sortent des modèles, sans relecture humaine. Sur cette pile-là, il n'y a pas de délai de divulgation de 90 jours.
Le guichet te tend une pile. Pas de tampon, pas d'initiales dans la marge. Le préposé le dit avant que tu tendes la main : personne ici n'a lu. Si tu la veux quand même, tu signes. L'horloge que tu connais, celle des 90 jours, ne démarre pas sur cette pile. Elle attend qu'un humain revienne te dire qu'il a, lui, validé une page.
Le 8 octobre 2026, Anthropic lance OSS Scanner. Un scanner de vulnérabilités pour l'open source, sur inscription. Les projets qui entrent reçoivent des analyses périodiques par leurs modèles les plus forts, sans facture. L'inspiration affichée est OSS-Fuzz, le projet de Google qui couvre déjà ce terrain avec des fuzzers. Ici, ce ne sont pas des fuzzers. Ce sont des modèles, dont Claude Mythos.
Pourquoi la pile n'a pas de tampon
Le billet raconte six mois de scans sur des projets qu'ils jugent parmi les plus importants. Plus de 29 000 vulnérabilités candidates. Environ 6 000 relues et triées à la main. La page d'aide dit la même chose autrement : en octobre 2026, plus de 6 000 rapports avaient déjà été relus par un humain. Le goulot, ils l'écrivent, c'est cette relecture.
Des mainteneurs, en recevant les premiers rapports, ont demandé le tas entier, même non validé, avec les correctifs proposés. Près de 5 000 rapports sont partis comme ça. Le circuit habituel, la divulgation coordonnée avec un humain dans la boucle, continue, surtout pour les projets qui n'ont pas de quoi trier eux-mêmes. OSS Scanner est l'autre file : optionnelle, plus rapide, et assumée comme non relue.
Les sorties sont entièrement générées par le modèle, sans revue humaine, sans triage. Le billet le dit pour que tu ne le rates pas : des rapports peuvent être faux ou invalides. Dans les essais des semaines d'avant, chaque rapport amenait un reproducer qui tient tout seul, une explication, une bissection quand ils pouvaient dater l'apparition du bug, et un correctif candidat quand il y en avait un. Ils écrivent aussi avoir enchaîné plusieurs failles jusqu'à de l'exécution de code à distance, sans compte, sur des projets de cet essai. Je recopie le constat. Pas la façon.
Pour jauger une version précoce, les testeurs d'intrusion qui relisent déjà leur circuit habituel ont repris 97 failles critiques ou hautes, sur 48 projets. 85 (88 %) passaient la barre de leur divulgation coordonnée. Sur les 12 restantes, 11 étaient réelles mais déjà connues ou en double dans le scan. Une seule était invalide. Depuis, disent-ils, les mainteneurs leur ont rarement répondu qu'une faille haute ou critique était fausse. Certains ont dit que la sévérité était gonflée, ou que le scanner n'avait pas compris le modèle de menace. Je laisse le 88 % dans sa cage : un échantillon, une version d'avant, leurs propres relecteurs. Pas une promesse sur le prochain mail.
Todd Ouska, de wolfSSL, est cité dans le billet : sur 74 rapports, tous sauf deux étaient valides, et cinq sont devenus des CVE. Noah Misch, pour PostgreSQL, parle d'une part inhabituellement haute de constats qui mettaient au jour des défauts, et de correctifs presque utilisables tels quels. Ce sont leurs phrases, pas un audit à moi.
L'horloge qui reste à zéro
La page d'aide est plus nette que le billet sur le calendrier. Ils ne posent aucun délai de 90 jours sur ces constats non validés. La raison est écrite : comme il peut y avoir des faux positifs, ils ne se sentent pas de forcer un mainteneur à tout lire alors qu'eux-mêmes ne l'ont pas fait.
Si, plus tard, un rapport est validé à la main dans le circuit habituel, le délai de leur politique de divulgation peut partir. Le compteur des 90 jours commence le jour où tu es prévenu qu'un humain a validé ce rapport-là. Pas le jour du mail automatique.
Ils se réservent, plus tard, d'imposer un délai sur certains rapports de haute sévérité, quand ils auront plus confiance. Avec un préavis, et une porte de sortie pour les projets. Ce n'est pas le règlement d'aujourd'hui. C'est une phrase au futur.
Signer, mettre en pause, ressortir
L'éligibilité ressemble à celle d'OSS-Fuzz : un projet établi, un impact critique sur l'infrastructure et la sécurité des utilisateurs, jugé au cas par cas. Exposition à des attaques distantes, nombre de dépendants. Ils préviennent que les critères peuvent bouger, faute de savoir combien de monde va frapper. Et ils vérifient à la main que tu es bien un mainteneur principal. Le service, disent-ils, est fait pour des projets qui suivent déjà les rapports hauts et critiques vérifiés, et qui en veulent davantage. Pas pour une boîte mail déjà sous l'eau.
L'inscription est une pull request sur github.com/anthropics/oss-scanner : un dossier sous projects/, un project.yaml. Il faut un dépôt à cloner, un e-mail de contact, et un Dockerfile qui installe les dépendances et construit le projet. L'image se construit avec le réseau. Ensuite, l'agent tourne sans. Tu peux poser le Dockerfile à côté du yaml dans leur dépôt et omettre le champ. Un fichier de modèle de menace est facultatif. Sans lui, le scanner devine. Avec une clé GPG pour chiffrer les mails, tu n'as plus le droit aux copies : le courrier ne part que vers l'adresse principale.
Pour arrêter, une ligne disabled: true, ou tu supprimes le dossier. Tu reviens alors au seul circuit humain. Les questions, si tu n'es pas inscrit, vont à oss-scanner-questions@anthropic.com. Une personne lit cette boîte, dit la page.
Ce n'est pas Claude Security. Ça, c'est l'offre commerciale, celle qui met Claude Mythos dans la chaîne de développement des entreprises. Ici, ils paient la note, et ils disent appliquer en plus des harnais expérimentaux, gourmands en tokens. Le tampon, en échange, n'est pas sur la pile.
✍️ À toi : si tu maintiens un projet qui collerait aux critères, est-ce que la pile sans relecture t'est utile ou est une boîte mail de plus. Le billet ne connaît pas ta file d'attente.
Le guichet reste ouvert pour qui signe. Il ne prétend pas avoir lu. Et tant qu'aucun humain ne revient avec un nom sur une page, les 90 jours ne comptent pas. C'est écrit. C'est même la raison pour laquelle ils acceptent de te donner la pile.