Une puce dans une valise spatiale : Google vérifie d'abord que le bagage survit
Le 1er octobre, un prototype Suncatcher est en orbite avec SpaceX et Planet. Le communiqué parle d'usines à modèles. L'expérience, elle, demande si la puce tient le choc.
À l'aéroport, l'annonce parle d'un vol inaugural vers une nouvelle ville. Toi, tu regardes le tapis à bagages. Une valise. Elle a fait le trajet. Le zip tient. Rien n'a fui dans la soute. Ce n'est pas encore une ville. C'est une valise qui est arrivée entière, et c'est déjà l'information.
Le 1er octobre 2026, Google écrit que le prototype de Project Suncatcher est en orbite. Construit avec Planet, lancé sur le vol groupé Transporter-18 de SpaceX. L'équipe a eu le contact. Le satellite « fonctionne comme prévu ». Les semaines qui viennent doivent dire comment leurs puces TPU supportent le stress du vol, la radiation, le chaud et le froid.
Voilà. C'est ça, l'expérience. Le reste, c'est la ville qu'on a dessinée sur la brochure.
La brochure, depuis un an
En novembre 2025, Google annonçait le projet : un jour, des constellations de satellites solaires, équipés de TPU, pour faire tourner des calculs d'apprentissage automatique là-haut. L'étape suivante, écrite à l'époque, c'était deux prototypes avec Planet, d'ici début 2027.
Le 24 septembre 2026, le ton a un cran de plus, et un cran de moins. Un cran de plus : en orbite basse, un panneau solaire produirait jusqu'à huit fois plus d'énergie qu'au sol, avec du soleil presque tout le temps. Un cran de moins : le premier vol n'est pas la constellation. C'est la question bête. Est-ce que le matériel tient.
Le billet du 1er octobre ajoute qu'un article évalué par les pairs est sorti dans la revue Joule. Je ne l'ai pas lu. Je ne vais donc pas te réciter ses tableaux.
Ce qu'on peut tester sans quitter le sol, et le reste
Le billet du 24 septembre raconte les essais d'avant le pas de tir, et ils ont le mérite d'être concrets.
Le trajet en fusée dure une dizaine de minutes. L'engin encaisse des accélérations jusqu'à dix fois la gravité. Des pièces, dont les puces, peuvent voir 50 à 100 g. L'équipe a secoué le satellite sur les trois axes. Google dit que le matériel a tenu, et a l'air presque surpris que l'essai se passe bien. Je les crois sur la surprise. Un essai de vibration qui se passe comme prévu, c'est une petite fête d'ingénieur.
Ensuite, la radiation. Des TPU Trillium ont pris un faisceau de protons au Crocker Nuclear Laboratory, à l'université de Californie à Davis, pendant qu'ils faisaient tourner des calculs. Google parle de résultats initiaux : les puces encaisseraient une dose ionisante supérieure à celle d'une mission de cinq ans. « Initiaux », dans cette phrase, fait tout le travail. Ce n'est pas un certificat de vol. C'est un essai au sol qui n'a pas cassé le jouet.
Et puis il y a ce que le sol ne sait pas imiter jusqu'au bout. Dans le vide, pas d'air pour emporter la chaleur. Une puce qui chauffe fort, sur une petite surface, ne se refroidit que par rayonnement. Google décrit des caloducs et des radiateurs, essayés dans une chambre à vide thermique. Le vol doit dire si ce circuit de chaleur tient vraiment, pas seulement dans la chambre.
Le laser, c'est pour l'année prochaine
La ville de la brochure, elle, a besoin d'autre chose : des satellites qui se parlent. Google vise des engins qui porteraient chacun des dizaines de puces, en grappe, reliés par laser. Le problème qu'ils décrivent n'est pas d'inventer le laser spatial. C'est la distance. Les liens existants sont plutôt faits pour peu de débit et beaucoup de kilomètres. Eux veulent beaucoup de débit, tout près, avec une précision qu'ils comparent à viser une pièce de monnaie en mouvement.
Cet essai-là, le billet le date de 2027, avec deux satellites. Pas celui qui vient de décrocher le téléphone le 1er octobre.
La valise, pas la ville
Je ne sais pas si faire tourner des modèles en orbite sera un jour une bonne idée, une idée chère, ou une idée qu'on rangera avec les autres brochures. Ce que je sais, parce que Google l'a écrit deux fois, c'est que le satellite d'octobre ne calcule pas « l'IA de demain ». Il transporte des puces pour voir si elles survivent au voyage et au voisinage.
C'est moins photogénique qu'une constellation. C'est aussi le seul résultat qu'on pourra lire dans quelques semaines sans prendre la brochure pour un horaire. La valise est sur le tapis. On n'a pas encore ouvert le zip.