TechEt concrètement ?

Revue tech du 4 novembre 2026 : chambres froides, WordPress et Google

Le Canard enchaîné écrit qu'un prestataire de l'Établissement français du sang a vu des chambres froides programmées pour monter à 110 °C, et que le ministère de la Santé parle d'une situation repérée à temps. L'agence américaine de cybersécurité classe une faille de WordPress parmi les failles déjà utilisées. Dans la recherche Google, bloquer l'entraînement du modèle Gemini ne retire pas un site des résumés automatiques, et un essai de paiement des sites dont l'IA s'est servie reste limité.

Au 4 novembre 2026, le fil du jour parle de chambres froides utilisées pour le don du sang, d'un site public de recherche, des fuites de données qui n'ont pas besoin d'une attaque sophistiquée, d'une faille WordPress déjà utilisée, et de ce que Google montre quand il rédige lui-même une réponse. Ce qui suit s'appuie sur les textes ouverts pour cette revue. Quand seul un relais avance un fait, la phrase le dit.

Chambres froides et produits sanguins

Le Canard enchaîné, le 3 novembre, écrit que Coolworld, société qui assure la maintenance de conteneurs de stockage de l'Établissement français du sang, notamment en Bourgogne-Franche-Comté, a été piratée le 1er novembre. Les chambres froides, où sont conservés à −30 °C des échantillons de donneurs, ont été programmées pour atteindre 110 °C. Le journal cite le ministère de la Santé : « Il y a zéro conséquence opératoire, car la situation a été repérée. » Il cite l'Établissement français du sang : « Un technicien de permanence a constaté dans la nuit de dimanche à lundi une remontée en température dans les chambres froides. » L'établissement avait d'abord indiqué que ces échantillons relevaient d'un dispositif de veille sanitaire lié à la transfusion. Il a ensuite reconnu que « du plasma congelé destiné à la transfusion » avait aussi été visé.

20 minutes, le 4 novembre à 7 h 41, reprend le Canard. Le quotidien attribue au ministère une formule plus longue : « zéro conséquence opératoire », ni sur la chaîne transfusionnelle, ni pour aucun patient. Il écrit aussi que du plasma congelé destiné à la transfusion était stocké dans ces réfrigérateurs. Le même article situe une opération du même genre, mi-octobre, sur des réfrigérateurs de supermarchés, et précise qu'aucun lien n'est établi entre les deux.

Le soir du 3 novembre, French Breaches formule l'affaire au conditionnel : des pirates auraient manipulé les températures, et l'incident aurait été détecté à temps, sans conséquence opérationnelle signalée. La fiche du même site, qui s'appuie sur le Canard, sépare la consigne de la mesure : 110 °C est la température programmée décrite par le journal. Ce n'est pas une température publiée comme ayant été atteinte dans les poches. Les textes ouverts ne disent pas combien d'équipements ont été touchés, ni pendant combien de temps la température est montée. Ils ne décrivent pas un vol de dossiers de donneurs.

Pour une personne qui donne son sang, ou qui reçoit une transfusion, le point établi par les citations du Canard est celui-ci : un technicien a vu la température remonter dans la nuit du 1er au 2 novembre, et le ministère dit que la situation a été repérée à temps, sans conséquence opératoire. Aucun des textes lus ne demande une démarche au donneur.

Données personnelles et services publics

Deux autres sujets français circulent dans le même fil. L'un est une revendication. L'autre est un rapport officiel déjà publié, remis en avant le 3 novembre.

Fuites Infos, le 4 novembre à 1 h 50, écrit qu'une page pirate a remplacé, le 3 novembre, le site base-pcb.inrae.fr. L'INRAE est l'institut public de recherche sur l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Cette page remplacée est, selon Fuites Infos, le seul élément constaté. Le reste est une annonce : 9 bases de données, des archives et du code auraient été copiés, pour environ 1,2 Go, avec des comptes de personnels, des adresses électroniques professionnelles et des mots de passe conservés sous une forme transformée, illisible telle quelle. Fuites Infos écrit que l'institut n'avait publié aucun communiqué sur sa page presse à l'heure de cette lecture. French Breaches, le 3 novembre, présente les mêmes 9 bases, les comptes et les mots de passe comme une revendication issue de ses propres informations.

Pour quelqu'un qui ne travaille pas à l'INRAE, cette annonce ne change pas un dossier personnel identifiable dans les textes lus. Pour un agent de l'institut, Fuites Infos décrit le risque qui existerait si la copie était réelle : un message pourrait imiter un service interne. Le conseil qui y est donné est de ne pas ouvrir de session depuis un lien reçu, de passer par le site officiel, et de changer le mot de passe du compte professionnel ainsi que celui de tout autre service où le même mot de passe aurait été réutilisé. La page oriente vers cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'aide aux victimes.

Le même jour, Pierre Lemasson relaie le rapport du CERT-FR, le service de l'État qui aide les organisations après un incident informatique, intitulé « Violations de données applicatives ». La page est datée du 20 octobre 2026. Elle dit que le CERT-FR a suivi près de 200 violations de données venues d'applications web en 2025. Le PDF précise : 196 incidents d'exfiltration portés à sa connaissance en 2025, contre 130 traités en 2024. Le rapport écrit qu'il ne voit pas de secteur particulièrement visé. Dans de nombreux cas, l'extraction a été permise par des gestes d'un faible niveau de complexité, sans exploitation d'une faille technique.

Le PDF en donne des exemples. En mai 2025, un service de santé en ligne a vu une partie de ses données, personnelles et médicales, extraite après la prise de contrôle d'un seul compte : ce compte ouvrait sur une interface qui interrogeait la base. En février 2025, des entreprises de l'agroalimentaire ont été touchées parce que des salariés avaient installé un logiciel gratuit présenté comme un convertisseur de documents Word en PDF. Ce logiciel envoyait les documents à convertir et en fabriquait d'autres dont l'ouverture installait un programme voleur de mots de passe, capable de récupérer les identifiants enregistrés dans le navigateur. Sur la fin 2025, le CERT-FR a aussi traité plusieurs extractions de données de services publics permises par ce même type de programme, installé cette fois sur les ordinateurs personnels d'usagers. Un autre cas décrit des résultats d'analyses médicales extraits après la compromission du compte d'un prestataire chargé d'une application de consultation.

Le rapport ajoute que les annonces publiques de vols de données, sur des forums ou sur Telegram, peuvent être fausses, ou recycler d'anciens fichiers. La vérification revient à l'organisme qui détient les données. C'est le cadre dans lequel lire la revendication visant l'INRAE : une page modifiée est un fait rapporté par Fuites Infos ; la copie de neuf bases reste une annonce.

Pour quelqu'un qui utilise un service public ou un site de santé, la conséquence décrite par le CERT-FR est concrète. Un message très précis, qui cite un vrai service et un vrai détail, peut venir d'un mot de passe réutilisé ou d'un logiciel gratuit installé sur un ordinateur, pas seulement d'une intrusion spectaculaire chez l'administration. Le convertisseur Word vers PDF du rapport est un exemple de ce logiciel. Le même mot de passe sur plusieurs sites est l'autre situation que ces incidents illustrent.

Sites sous WordPress

WordPress est le logiciel qui fait tourner beaucoup de sites, un blog, une boutique, la page d'une association, depuis un tableau de bord. Le 3 novembre, la CISA, l'agence américaine de cybersécurité, a ajouté une faille de ce logiciel à son catalogue des failles dont elle a la preuve qu'elles sont utilisées. Elle la nomme CVE-2026-119977. The Hacker News, le 4 novembre, reprend la description de l'agence : pendant une mise à jour complète, les nouveaux fichiers sont déposés dans un dossier temporaire dont l'adresse est prévisible et accessible depuis le web. Quelqu'un qui n'a pas de compte sur le site peut, s'il arrive au bon moment, faire exécuter un programme par le serveur.

L'avis publié par WordPress le 29 octobre, signé Aaron Jorbin, décrit le même enchaînement et classe la gravité comme faible. Sur la page lue pour cette revue, le champ prévu pour le numéro public de la faille est vide. L'avis dit que la version 7.1.4 contient la correction, et que cette correction a aussi été reportée sur toutes les branches encore concernées, jusqu'à la 4.7. La découverte est attribuée à Umut Bayram.

Suriq, le 31 octobre, en s'appuyant sur Wordfence, une société qui surveille ce logiciel, écrit que la fenêtre dangereuse, en laboratoire, durait quelques secondes. Wordfence attribue à la faille une note de 8,1 sur 10, plus haute que l'avis officiel, parce que la réussite donne la main sur le serveur. The Hacker News écrit que Wordfence a compté plus de 18 500 requêtes vers ces fichiers temporaires dans les 21 heures qui ont suivi la divulgation. Lawrence Eng, le 4 novembre, résume le geste utile : passer à la 7.1.4, ou à la correction de sa branche, et empêcher le web d'atteindre le dossier temporaire.

Pour quelqu'un qui tient un site, la vérification se fait dans le tableau de bord, menu Mises à jour. Sur la branche actuelle, le numéro corrigé est 7.1.4. Les branches plus anciennes ont chacune le leur dans l'avis, le plus ancien indiqué étant 4.7.39. Si une agence ou un hébergeur s'occupe du site, la question à poser est celle-ci : quel numéro est installé, et le dossier utilisé pendant la mise à jour est-il ouvrable depuis le navigateur. Suriq présente le blocage de ce dossier comme un réglage du serveur, en plus de la mise à jour, pas comme une case à cocher dans WordPress. Le même article écrit que l'installation du correctif peut elle-même passer par l'ancien comportement, le temps du téléchargement : d'où l'intérêt, pour qui gère le serveur, de fermer ce dossier avant de lancer la mise à jour. Mettre à jour reste la correction décrite par l'avis.

Équipements d'entreprise

Morphisec écrit le 3 novembre que Citrix confirme deux failles déjà utilisées sur des équipements NetScaler, des boîtiers placés à l'entrée du réseau d'une organisation. Un second message écrit que F5 alerte sur une faille déjà exploitée dans BIG-IP, un appareil du même genre. Ces boîtiers ne se règlent pas depuis un téléphone. La mise à jour revient à l'équipe informatique qui les fait tourner. Les avis des deux constructeurs n'ont pas été ouverts pour cette revue.

Ce qui change dans une recherche Google

Les AI Overviews sont les encadrés où Google rédige lui-même un résumé, avec des liens vers des sites. AI Mode est la recherche où la réponse tient en une conversation, là aussi avec des liens. Trois messages du 3 novembre portent sur ces encadrés. Les documents de Google, plus anciens, précisent ce qu'ils changent vraiment.

Les sites que vous choisissez

Le 20 août 2026, Google a annoncé un bouton qu'un site peut afficher sur ses pages. Un clic ajoute ce site à vos sources préférées et vous ramène sur la page. Google écrit que les lecteurs retrouvent alors plus facilement ces publications dans le bloc d'actualités (Top Stories), dans les AI Overviews et dans AI Mode. À la date de ce billet, plus de 600 000 sources distinctes avaient déjà été choisies. La documentation précise l'effet : pour la personne qui a choisi le site, son contenu a plus de chances d'apparaître dans Top Stories avec un badge « préféré », et peut recevoir le même badge dans AI Mode et les AI Overviews. Le bouton vise un nom de site entier, ou un sous-domaine, pas un simple dossier du genre « /blog ». Le site doit déjà apparaître dans l'outil de préférences de Google.

Le 3 novembre, Edward Sturm présente ce bouton comme un moyen d'être montré davantage par l'IA, y compris dans Discover, le fil de suggestions de Google, et il cite une phrase qui en ferait un signal valable pour tout le monde. Les pages Google ouvertes pour cette revue ne mettent pas Discover dans la liste des endroits où le choix d'une source change l'affichage. Elles décrivent un effet pour les personnes qui ont sélectionné le site.

Pour quelqu'un qui cherche, le changement est local : si un journal ou un site déjà suivi propose ce bouton, l'activer demande à Google de le mettre plus souvent en avant dans le bloc d'actualités et de le badger dans les réponses rédigées, sur le compte qui a fait le choix. Le résumé reste un texte de Google. Le lien vers le site reste le texte du site.

Bloquer Gemini ne retire pas le résumé

Un propriétaire de site peut ajouter, dans le fichier qui dit aux robots quoi explorer, une ligne nommée Google-Extended. La page de Google mise à jour le 30 octobre 2026 explique à quoi elle sert : décider si le contenu exploré peut entraîner les futures versions de Gemini, le modèle d'IA de Google, et servir à ancrer les réponses de l'application Gemini. La même page écrit que Google-Extended ne change pas la présence d'un site dans la recherche Google, et que ce n'est pas un signal de classement.

GazeRank, le 3 novembre, le rappelle : bloquer Google-Extended ne retire pas un site des AI Overviews. Le guide de Google dit qu'une page doit être indexée, et autorisée à afficher un extrait, pour pouvoir être citée sous un résumé. Il n'y a pas de condition technique supplémentaire. AI Mode et les AI Overviews peuvent montrer des liens différents. Ahmad Manan Tahir écrit qu'une équipe de Google, lors d'une rencontre Search Central Live, a redit que ces deux affichages utilisent les mêmes explorations et le même index que la recherche classique. La page de cette rencontre n'a pas été ouverte. Le guide officiel va dans le même sens : l'éligibilité est celle de la recherche ordinaire.

Il existe un autre interrupteur, documenté dans l'aide Search Console, l'outil gratuit où Google montre à un propriétaire comment son site apparaît. Google écrit que ce réglage est proposé à tous les sites du monde depuis le 31 août 2026. Il permet d'exclure les liens et le contenu d'un site des AI Overviews, d'AI Mode et des fonctions d'IA générative de Discover. Google précise que ce choix ne sert pas à classer le reste de la recherche : les liens bleus habituels peuvent demeurer. Pour disparaître entièrement de la recherche, la page renvoie à un autre réglage, noindex. Et pour limiter l'entraînement des modèles, elle renvoie à Google-Extended. Le message de GazeRank, qui ne cite que les réglages d'extrait, ne mentionne pas cet interrupteur.

Pour quelqu'un qui lit un résumé Google, la conséquence est simple. Un site peut nourrir la réponse même s'il a refusé que Gemini s'entraîne sur ses pages. Le résumé n'est pas un second web, séparé de la recherche : il s'appuie sur des pages que Google a déjà indexées. Pour quelqu'un qui publie, bloquer Google-Extended et disparaître des résumés sont deux décisions distinctes. La seconde se fait dans Search Console, et Google écrit qu'elle ne retire pas le site de la liste classique.

Un paiement qui ne concerne qu'un essai

Neil Patel, le 3 novembre, écrit que Google a commencé à payer des sites quand son IA utilise leur contenu : un essai dans Search Console, environ une centaine d'éditeurs, pour les AI Overviews, AI Mode et Gemini, et seulement quand le contenu « contribue de façon significative » à la réponse. Un simple lien, ou une vérification de fait après coup, ne compterait pas.

Les articles déjà publiés en septembre décrivent le même essai. Search Engine Journal, le 14 septembre, s'appuie sur Digiday : Google a confirmé à ce média qu'il s'agit d'un essai précoce. Le texte d'aide visible sur des captures publiées par Digiday, et cité par Search Engine Journal, dit que le paiement vise le moment où le contenu contribue significativement à la rédaction de la réponse. La phrase rapportée est celle-ci : le contenu web peut aussi confirmer des faits, ou être lié après que la réponse a été générée, mais ces cas ne donnent pas droit au paiement. Les produits couverts sont l'application Gemini, les AI Overviews et AI Mode. Digiday, selon ce compte rendu, n'a pas pu fixer le nombre de participants et parle d'au moins plusieurs dizaines d'éditeurs approchés. Une source anonyme y qualifie les premiers versements de « peanuts », des cacahuètes, à côté des recettes publicitaires.

Search Engine Land, le 30 septembre, cite The Information : les comptes évoquent environ 100 éditeurs. Pour plusieurs blogs et sites de taille petite ou moyenne, les versements représenteraient moins d'un dixième de 1 % des recettes publicitaires, selon des personnes au courant des paiements. Le même article rapporte d'autres ordres de grandeur, toujours selon ces personnes ou selon un éditeur : moins de 1 000 dollars sur plusieurs mois pour de plus petits sites, environ 50 000 à 60 000 dollars pour l'un d'eux, plus d'un million de dollars par an pour un autre, entré tôt. Ce ne sont pas des chiffres publiés par Google. Les éditeurs interrogés disent ne pas savoir comment la somme est calculée.

Pour quelqu'un qui consulte Google, cet essai ne change pas la page de résultats : rien, dans les textes lus, n'indique que la réponse affiche ce qui a été payé. Pour quelqu'un qui publie un site, être cité sous un résumé ne déclenche pas un virement. Le paiement décrit ici suppose une invitation à l'essai, et un jugement de Google sur le fait que la page a façonné la réponse au moment où elle a été écrite.